Au château de Versailles, la « petite fête de fantômes » de Sugimoto

Pour son exposition annuelle d’art contemporain, le Château de Versailles accueille Hiroshi Sugimoto. L’artiste japonais a choisi d’exposer ses œuvres dans le cadre intime du Domaine de Trianon.

Au programme : de la photographie (son médium initial), mais aussi des installations et de la vidéo.

Né en 1948, Hiroshi Sugimoto, qui vit et travaille depuis plusieurs décennies entre les États-Unis et le Japon, est une figure de proue de la photographie actuelle. La frontière entre vivant et factice comme celle entre contemporain et historique font partie de ses thèmes de prédilection.

Pour cette exposition ficelée en quelques mois seulement, l’artiste convoque les esprits de visiteurs illustres qui sont venus à Versailles en présentant quelques-unes des photographies de sa série Portraits. Entamée en 1999, cette série est réalisée à partir d’effigies de cire du musée Madame Tussaud de Londres. Madame Tussaud (1761-1850), née Marie Grosholtz, n’est d’ailleurs pas une inconnue à Versailles : celle qui avait appris l’art de modeler la cire a vécu à la cour du roi et enseigné les arts à la princesse Élisabeth, la plus jeune sœur de Louis XVI.

Sugimoto isole les figures présentées dans les scènes du musée et les éclaire comme s’il s’agissait d’êtres en chair et en os. Il en résulte des portraits grandeur nature en noir et blanc qui ne sont pas sans rappeler l’œuvre des maîtres anciens de la peinture. Voltaire, Benjamin Franklin et l’empereur Napoléon Bonaparte se font ainsi « tirer le portrait » dans le Pavillon Français alors que la photographie n’avait pas encore été inventée à leur époque… D’autres personnages, plus proches de nous dans le temps, hantent quant à eux le Petit Trianon : la Reine Victoria, Salvador Dalí, mais aussi par exemple l’Empereur Hirohito. Comme il le dit lui-même malicieusement, Sugimoto organise, à travers ces personnages de cire plus vrais que nature, « une petite fête de fantômes ».

A quelques pas de là, dans la perspective du Grand Trianon, l’artiste japonais réinstalle la Maison de thé « Mondrian » précédemment montrée à Venise dans le cadre de la Biennale d’architecture. Ce cube de verre situé sur le bassin dit du Plat Fond s’inspire des préceptes du maître de thé Sen no Rikyu, figure fondatrice de cet art traditionnel.

Deux vidéos et une autre installation complètent ce parcours qui offre une belle occasion de découvrir ou redécouvrir le Grand Trianon, « petit palais de marbre rose et de porphyre avec des jardins délicieux » selon Jules Hardouin-Mansart, comme le Petit Trianon, refuge de Marie-Antoinette agrémenté de fabriques, d’un théâtre et d’un hameau récemment restauré.

S.D.
Crédit photo : S.D.

« Surface de révolution »
Commissariat : Jean de Loisy et Alfred Pacquement
Du 16 octobre 2018 au 17 février 2019
Château de Versailles
78000 Versailles

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