Au musée Rodin de Paris, Anselm Kiefer s’immerge dans l’œuvre du grand sculpteur

Pour célébrer le centenaire de la mort d’Auguste Rodin (1840-1917), le musée a invité le plasticien allemand Anselm Kiefer à dialoguer avec l’artiste disparu.

L’origine du projet n’est pas à chercher dans l’œuvre sculpté de Rodin, le plus célébré, mais dans son livre, « Les Cathédrales de France ». Peu connu du grand public, cet ouvrage illustré publié en 1915 rassemble ses notes sur les cathédrales prises au cours de ses nombreux voyages à travers l’hexagone.

Une vitrine d’Anselm Kiefer : « Sursum corda », 2016

Anselm Kiefer, dont le travail est irrigué par les références littéraires, s’en est inspiré pour réaliser une série de « livres-objets » dont il est familier et qui intègrent divers matériaux dont le plomb, son matériau de prédilection. Comme dans les dessins de Rodin, les figures féminines érotiques y sont omniprésentes. Le plasticien allemand a finalement étendu ses recherches à d’autres aspects de l’univers rodinien pour produire au total une quarantaine d’œuvres inédites, présentées dans la salle d’exposition temporaire.

Anselm Kiefer, « Auguste Rodin : les Cathédrales de France », 2016 (détail)

 

Comme le confie Véronique Mattiussi, commissaire scientifique de « Kiefer-Rodin », le projet au long cours, qui aura duré trois ans, a connu « des bouleversements, des retours en arrière, des moments de doute aussi. » Passionnante, cette exposition l’est notamment parce qu’elle met en lumière le processus créatif des deux artistes. Visitant les réserves du musée Rodin de Meudon, Anselm Kiefer a été fasciné par les moules et par les « abattis », terme utilisé par Rodin pour désigner les fragments de têtes, torses, jambes, mains et pieds moulés en plâtre qu’il conservait par centaines et réassemblait au gré de ses créations. Anselm Kiefer les fait dialoguer avec son propre univers plastique dans des « vitrines », forme qu’il décline depuis les années 80, parfois avec une symbolique chrétienne (Dimanche des rameaux, Berthe au grand pied). Kiefer se prête ainsi au jeu de l’assemblage, si cher à Rodin.

Deux artistes explorateurs

Dans de grands tableaux formés de strates aux couleurs terreuses, l’artiste allemand répond aux cathédrales de Rodin par des tours, qui font partie depuis longtemps de son vocabulaire. Pour la première fois, l’Allemand utilise le plomb en le coulant à même la toile. Confrontation avec la matière, goût pour l’expérimentation, on retrouve évidemment aussi cela chez Rodin.

Un des chefs-d’œuvre de Rodin : « Ultime Vision », 1903

L’exposition se poursuit dans une des salles permanentes du musée, où sont proposés des plâtres méconnus d’Auguste Rodin, parmi lesquels Absolution, présenté pour la première fois au public. Composé de plusieurs éléments déjà utilisés mais séparément (toujours ce goût pour l’assemblage et le réemploi), ce très grand plâtre émeut par le drapé qui offre un asile aux deux figures qui s’embrassent. Véronique Mattiussi souligne que Kiefer et Rodin partagent « cette mise en danger, ce goût de l’exploration » ainsi qu’une grande capacité à se réinventer. Dernière étape : le cabinet d’art graphique, où est évoquée la passion de Rodin pour l’architecture médiévale, toujours associée chez lui au corps érotisé de la femme.

L’hôtel Biron rénové en 2015

C’est bien sûr l’occasion de visiter ou revisiter le fonds permanent. Ouvert en 1919, le musée Rodin de Paris est situé dans l’hôtel Biron. À l’occasion de sa rénovation achevée en 2015, l’établissement s’est doté d’un nouveau parcours muséographique très réussi.

Les œuvres du fonds permanent parfaitement mises en valeur

Le visiteur déambule dans l’ambiance chaleureuse et feutrée d’un magnifique hôtel particulier du 18e siècle, dont le parquet ciré fleure bon l’encaustique. Les œuvres d’art se reflètent dans les miroirs ou sont caressées par la lumière naturelle qui filtre à travers les fenêtres donnant sur les jardins. Le musée accueille sur deux niveaux des œuvres d’Auguste Rodin, mais aussi de Camille Claudel, ainsi que les propres collections du sculpteur, qui était un collectionneur acharné. Parmi les milliers d’objets légués par l’artiste au musée figurent des antiquités grecques, romaines et égyptiennes ainsi que 200 tableaux environ, dont une cinquantaine fait partie de l’accrochage ; Auguste Renoir, Claude Monet et Vincent van Gogh pour citer les plus prestigieux.

L’hôtel Biron, petit bijou du 18e siècle

Dialogue Rodin / Renoir

« Jeunes gens qui voulez être les officiants de la beauté, peut-être vous plaira-t-il de trouver ici le résumé d’une longue expérience. » Cette phrase en préambule du testament artistique de Rodin rédigé il y a plus de cent ans pourrait tout aussi bien s’adresser aux visiteurs du musée.

S.D.
Photos S.D.
Visuel d’ouverture : Anselm Kiefer, « Auguste Rodin : les Cathédrales de France », 2016

Exposition « Kiefer-Rodin »
Du 14 mars au 22 octobre 2017
Musée Rodin
77 rue de Varenne, 75007 Paris

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4 Comments
  • Margie77
    Répondre 21 juillet 2017 at 21:24

    Curieux… pas sur d’être fan !

  • Kevin
    Répondre 21 juillet 2017 at 21:29

    Pas fan non plus c moche

  • Laurent75
    Répondre 21 juillet 2017 at 21:57

    Cette manie de mélanger le bon grain de l’ivraie

  • Gaëlle
    Répondre 22 juillet 2017 at 14:48

    Les tableaux d’Anselm Kiefer sont intéressants à voir en vrai et de près, pour le travail sur la matière.

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