Au pays basque, 1910 Lartigue

Philippe Lartigue marche dans les pas de son arrière grand-père en créant, en 2011, 1910 Lartigue, une marque et collection, en l’honneur de l’année de la création des Etablissements Calixte Lartigue à Bidos il y a plus d’un siècle. Focus sur du linge basque respectueux des traditions même si des designers renouvellent le style en lui apportant la vivacité de couleurs plus chaudes.

Le linge basque : de la mante à la table

Dès le 16 ème siècle, l’art du tissage en Béarn et pays basque prend son essor quand la nappe recouvre la table familiale pour les jours de fête. Au milieu du 19 ème, plus de 500 familles de tisserands, les ‘Ehuleak’, vivent de la filière toute tournée vers une plante, le lin, qui est planté, récolté, égrené, rouissi, séché, battu, filé par les femmes alors que la tâche des hommes est plutôt de le tisser. Tous les métiers se développent dans la région ; le lin étant réputé solide pour la protection, l’habillement et même la chausse. L’énergie utilisée étant le réseau hydraulique, les tisseurs s’installent plutôt en Béarn pour profiter des gaves qui descendent des Pyrénées.

A l’origine, le linge basque est la mante, une grande toile de lin aux 7 rayures colorées (les 7 provinces basques) posée sur le dos des bêtes de somme. Le folklore a laissé dire que cette toile protégeait les bœufs des insectes ; mais l’interprétation réelle est la volonté du propriétaire de l’attelage bovin de signifier son appartenance à un corps de métier : rouge pour les éleveurs, vert pour les agriculteurs, bleu pour les pêcheurs. Quant à la largeur des rayures, il semble qu’elle indiquait la position sociale de la maison.

Disparition des attelages de bœufs, évolution vers une toile plus fine et en coton ; le linge basque a pris la direction de la cuisine et de la salle de bain, une évolution fortement soutenue par le développement du tourisme dans la région.

Une transmission familiale plus que centenaire

Utilisant l’énergie hydraulique du gave d’Oloron pour entraîner ses métiers à tisser, Philippe Lartigue s’installe à Oloron Sainte Marie en 1910 dans une ancienne tannerie qui abrite encore aujourd’hui la fabrique. Cet établissement de Bidos se dédie à la fabrique de toiles d’espadrilles pour fournir les fabricants de Mauléon et à la confection de bérets. Une centaine de personnes travaille alors dans l’atelier historique.

Bobines de fil

Bobines de fil

Mais les années 1980 voient s’effondrer le marché de l’espadrille ; les grandes surfaces s’approvisionnant directement en Asie. Cet effondrement du marché contraint la famille à racheter un petit fabricant de linge basque. Les Tissages Lartigue naissent et se recentrent sur le linge en stoppant net la toile d’espadrilles pour d’autres maisons.

Les stylistes insufflent de la créativité et de la modernité ajoutant aux rayures classiques des bayadères vives et colorées : le produit devient design.

Même sur le métier à tisser la main reste primordiale

Même sur le métier à tisser la main reste primordiale

En 2011 les Tissages Lartigue lancent leur propre collection sous la griffe 1910 Lartigue. Entrepôts et ateliers de fabrication sont visibles à Ascain que le public peut visiter. Il est intéressant donc de s’immerger au milieu de rouleaux de tissus, pour appréhender les kilomètres de fils de coton et de lin qui s’emmêlent au gré des dessins désirés.

 

D’un côté le roulis permanent des métiers à tisser en un va et vient sans fin ; de l’autre côté les petites mains des couturières qui ourlent, surpiquent, cousent, assemblent les pièces de tissus.

Les couturières pour les finitions et assemblages

Les couturières pour les finitions et assemblages

Une collection bien au-delà du linge traditionnel

Couleurs et originalité caractérisent les collections de 1910 Lartigue qui propose une trentaine de modèles allant de la toile traditionnelle à la toile enduite et à la toile plus épaisse à transat. S’ajoutent des produits dérivés tels que sacs de plage, trousses de toilette, étuis à portable ou lunettes…. De même les rayures et bayadères sont complétées par du sergé et des chevrons. Néanmoins le respect des traditions demeure et la société est dans l’attente de recevoir le label Entreprise du Patrimoine Vivant.

3 adresses : 2 magasins d’atelier à Bidos (05 59 39 50 11) et à Ascain (05 59 26 81 81) ; une boutique à Biarritz (05 59 23 83 02)

www.lartigue1910.com

 

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