Une promenade dans les « Jardins » du Grand Palais

Le Grand Palais célèbre la nature en proposant une déambulation à travers six siècles de jardins européens, de la Renaissance à nos jours. Riche de plus de 450 œuvres, l’exposition présente des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art tout en rendant hommage aux jardiniers et aux botanistes. Courez voir cette exposition aussi savante que plaisante.

Incarnation du temps qui passe

Peinture, photographie, dessin, mais aussi cinéma et joaillerie… Sans prétendre à l’exhaustivité, l’exposition montre à quel point le jardin est une source d’inspiration foisonnante. La Fête à Saint-Cloud de Fragonard vaut à elle seule le détour puisqu’elle quitte rarement les murs de la Banque de France, qui en est l’heureux propriétaire. Dans ce tableau exaltant la grandeur de la nature, les nuages qui s’amoncellent et la tempête à peine partie semblent menacer l’atmosphère festive. Cette fragilité de l’instant, on la retrouve chez des artistes contemporains comme Patrick Neu qui, chaque année, réalise à l’aquarelle de mystérieux portraits d’iris sur le point de faner.

L’exposition fait évidemment la part belle aux impressionnistes et autres courants de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Dans la « Promenade », seule salle pourvue de banquettes, on peut s’asseoir et s’abîmer dans la contemplation du Parterre de marguerites de Gustave Caillebotte, qui semble répondre aux Soucis (ou plutôt aux renoncules ?) de Koloman Moser. On peut aussi, en sautant un siècle, s’interroger devant Jour d’été de Gerhard Richter (1999), une huile sur toile qui brouille les frontières entre peinture et photographie.

Le commissaire, Laurent Le Bon, rend également hommage aux botanistes, dont certains travaux possèdent une grande qualité esthétique. C’est le cas des somptueux cyanotypes d’Anna Atkins datant du milieu du 19e siècle. En appliquant des algues directement sur du papier sensibilisé, cette botaniste britannique a produit des images sur fond bleu d’une étonnante modernité. S’il n’y avait pas le cartel, le visiteur serait sans doute bien en peine de les dater.

Des ponts entre les différentes époques

Parmi les points forts, il faut noter le dialogue réussi entre œuvres anciennes et contemporaines. C’est ainsi qu’un Herbier des pèlerins de Jérusalem (anonyme, 1863) côtoie les Papiers de Provence de Lionel Estève (plantes pressées et aquarelle, 2016). L’exposition jette des ponts entre les différentes époques et crée d’heureuses parentés.

Autre réussite, la salle intitulée « Bosquets », où l’on déambule avec grand plaisir. Des niches aménagées dans le mur permettent de découvrir les tableaux comme à travers une fenêtre, créant de la profondeur et suscitant un effet de surprise. La Grotte du parc de Méréville d’Hubert Robert s’appréhende ainsi différemment selon la distance et l’angle d’où on la regarde.

Les dernières salles du parcours sont peut-être un peu exiguës, mais ne manquez pas l’émouvant autoportrait photographique de Claude Monet (dont plusieurs tableaux sont exposés), pris dans sa propriété de Giverny : on y voit le reflet de ce jardinier passionné à la surface du célèbre bassin aux nymphéas. Parmi les nombreuses citations ponctuant le parcours, celle extraite du poème Les Jardins de Jacques Delille résonne comme un écho aux deux passions de Monet : « Un jardin, à mes yeux, est un vaste tableau. Soyez peintre. »

S.D.

« Jardins »
Du 15 mars au 24 juillet 2017
Grand Palais, 75 008 Paris

En ouverture : Koloman Moser, Marigolds [Soucis] 1909 Huile sur toile. H. 50,3 ; L. 50,2 cm Vienne, Leopold Museum

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2 Comments
  • Ocean
    Répondre 25 mars 2017 at 16:27

    Cela donne très envie d aller découvrir toutes ces oeuvres 😉

  • Lolita49
    Répondre 25 mars 2017 at 22:15

    Influence impressionniste claire…

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