Deux plumes pour deux livres sur deux types de jardins : le potager de Versailles, les jardins japonais

A quelques kilomètres de Paris ou à l’autre bout de la planète ; une même volonté du beau en matière de jardins et de potagers, un même souci de l’esthétique et de l’excellence pour magnifier le végétal grâce aux ouvrages de 2 femmes, Raphaèle Bernard-Bacot pour le potager du roi et Frédérique Dumas pour Niwaki et jardins japonais.

Mise en scène dans un livre aux dessins exemplaires, on se retrouve assez vite dans les carrés du Potager du Roi en présence de légumes et de fruits oubliés dont les noms sonnent bon notre Histoire de France : carotte de Colmar à coeur rouge, tomate Coeur de Boeuf ou encore poire Bon Chrétien d’Hiver. Trois exemples sur plus de cent croqués sur le vif par la talentueuse Raphaèle Bernard-Bacot.

A deux pas du Château de Versailles et depuis sa création, le Potager du Roi est un lieu d’enseignement, tout autant qu’un site d’expérimentation et de transmission. Aujourd’hui cultivé  par l’Ecole nationale supérieure du paysage, il offre à ses étudiants promis au métier de paysagiste, à ses jardiniers et à ses visiteurs une accumulation de sensations diverses fort réjouissantes.

Après avoir quitté le quartier animé de la Cathédrale Saint-Louis, avec ses rues passantes et ses nombreux commerces, une fois franchie la grille d’entrée, le calme opère et peu à peu on a le sentiment de remonter les siècles. Les aiguilles de la montre s’arrêtent et nous plongeons dans un monde merveilleux. Un monde de senteurs avec le parfum de la sauge ananas qui agace ou qui charme, celui de l’herbe fraichement coupée, de la rafle de tomate à nulle autre pareille, de l’humidité des feuilles après un arrosage.

Le trésor se découvre aussi avec les sons car on entend bien sûr le jet du bassin central qui monte et retombe, l’âne qui brait, le vent qui agite les feuilles, les merles moqueurs en écho à d’autres sonorités venant des perruches et rouge-gorges. Bref, on l’aura compris, le Potager du Roi est magique puisque durant plus de trois siècles il n’aura jamais cessé de plaire aux amateurs d’histoire et de jardins. C’est dans cet univers enchanté que la dessinatrice Raphaèle Bernard-Bacot s’est perdue avec tout son attirail professionnel fait de carnets, stylos, carton à dessin, boîte d’aquarelle et trousse à pinceaux.

Saison après saison, hiver comme été, elle a capté l’atmosphère du lieu à travers une somme de croquis très enlevés. Le trait paraît facile, presque enfantin, sans doute la marque d’une pratique bien aguerrie, et le jardin sous nos yeux défile page après page. Tout y passe, en vues générales sur les riches perspectives d’architecture comme en gros plans de feuilles, de fruits, de racines, de turions et de fleurs. C’est un panorama quasi complet de ce qui est produit et aussi vendu selon un calendrier maison. Les Versaillais ont à leur porte un endroit charmant et un approvisionnement particulièrement sain puisque le Potager du Roi s’oriente sans retour vers des techniques culturales délaissant l’arsenal chimique qui fut un temps bien en vogue.

Le carnet dessiné raconte un voyage qui a duré trois ans et qui décline les neuf hectares faits de différents jardins et carrés et qui comptent au minium 450 variétés fruitières et 400 variétés légumières. Formée à l’Ecole supérieure des arts graphiques Penninghen à Paris, Raphaèle a d’abord mis la danse au coeur de son travail d’artiste, avec des années passées au contact des danseurs et chorégraphes. Depuis 2012, c’est au rythme des saisons que mûrit son oeuvre. Elle s’est prise de passion pour les fruits, les légumes, les jardins en général, a découvert l’agroécologie et créé une série intitulée « Les fruits dansés ». Le Potager du Roi l’accueille depuis 2013 et elle continue d’y dessiner régulièrement.

 

Voyage au pays du Soleil Levant avec Frédérique Dumas, l’une des références françaises en matière de taille et de jardin japonais.

Aborder le Japon n’est pas chose facile pour un occidental tellement il est loin de la culture nippone ; mais pénétrer dans un jardin japonais l’est peut être encore moins car il faudrait alors se plonger dans les formes, l’esthétisme, la technicité et la spiritualité. D’où l’intérêt de cet ouvrage qui permet une vulgarisation de l’approche.

En effet, un jardin japonais a une âme et il est un art de vivre à part entière. Il se base sur une certaine idée de la sacralisation de la nature, sur la miniaturisation du paysage ; permettant ainsi d’exprimer l’essence de celui-ci.

 

Difficile de parler jardin japonais sans évoquer l’art du niwaki qui est un arbre stylisé. Nous autres Français et / ou occidentaux ne connaissons que les bonzaïs ; or presque tous les arbres peuvent être taillés et devenir un niwaki. Et au Japon, Un de ces arbres stylisés que l’on présente dans un tout petit jardin résume à lui seul la nature toute entière, le cycle des saisons, l’immortalité des choses. L’auteure présente donc la taille de niwaki pour des érables, des chênes verts, des cyprès, des pins étape par étape ; afin que le lecteur apprenne et reproduise sur ses arbres. Une fois que vous aurez créé votre niwaki, vous en percevrez la beauté et le fait qu’il compose avec les autres espèces présentes comme un tableau.

Pareillement, un autre type de jardin très connu au Japon est le tsuboniwa, un petit jardin clos puissamment évocateur qui dématérialise l’espace. Dans certaines maisons de thé, le tsuboniwa comporte un lieu de purification doté d’un bassin en pierre naturelle appelé ‘tsukubai’.

 

www.rbernardbacot.com

Le Potager du Roi, dessins de saison à Versailles

avril 2017   96 pages   15 euros

www.glenatlivres.com

La couverture des 2 ouvrages

Niwaki et jardins japonais

Editions Eyrolles – 219 pages – 28 €

www.editions-eyrolles.com

 

Le livre sur le potager du roi écrit par Georges Lévêque

Le livre sur les jardins japonais écrit par ML de Vienne

Un exemple de niwaki

 

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1 Comment
  • Gaëlle
    Répondre 10 mai 2017 at 15:21

    Bravo pour cet article ! Je confirme : quand on entre dans le Potager du roi, à Versailles, le temps semble s’arrêter. Un instant de bonheur suspendu.

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