« Donnez-moi donc un corps ! » : variation sur les métamorphoses

À partir de textes littéraires non théâtraux, Sarah Oppenheim interroge l’énigmatique matérialité du corps et livre un spectacle poétique.

La metteuse en scène est allée piocher chez Ovide et chez des auteurs plus récents (Rilke, Pessoa, Kafka…) pour composer une variation sensible sur le thème de l’identité et des métamorphoses du corps.

Le corps, cet étranger

Le spectacle s’ouvre sur une scène de toilette au tub, évocation des tableaux de Degas, mais cette matérialité corporelle, simple et belle, se dissout bien vite. Autour notamment de fables tirées des Métamorphoses d’Ovide, trois figures (interprétés par Jonathan Genet, Fany Mary et Jean-Christophe Quenon) questionnent l’identité à travers le rapport au corps, cet intime étranger.

L’un retourne les miroirs face contre terre, l’autre les recouvre de poussière. Les personnages refusent ou ont du mal à se trouver. Sarah Oppenheim donne à voir la solitude et l’incommunicabilité. Étrangères les unes aux autres autant qu’à elles-mêmes, les trois figures presque fantomatiques se croisent sur le plateau sans se rencontrer.

Porté par une scénographie autour de la forêt et de l’eau et soutenu par un travail sonore soigné, le spectacle nous emmène dans un monde onirique. « Jusqu’à quel degré de distorsion un individu reste-t-il encore lui-même ? Jusqu’à quel degré de distorsion un être aimé reste-t-il encore un être aimé ? Pendant combien de temps un visage cher qui s’éloigne dans la maladie, dans la folie, dans la haine, dans la mort, reste-t-il encore reconnaissable ? Où est la frontière derrière laquelle un ‘moi’ cesse d’être un ‘moi’”, écrivait l’écrivain Milan Kundera à propos de Francis Bacon. Ce passage, qui compose le dernier moment de cette belle proposition théâtrale, fait surgir les visages déformés du peintre, comme un écho aux miroirs aveugles du spectacle.

S. D.

« Donnez-moi donc un corps »,
mise en scène Sarah Oppenheim, Théâtre du Soleil, 75012 Paris
Jusqu’au 5 février 2017
Photos : © Luc Maréchaux

PS : À l’affiche aussi au Théâtre du Soleil, Une chambre en Inde (mise en scène Ariane Mnouchkine). La programmation des autres spectacles de la Cartoucherie, lieu magique et chaleureux, c’est ici.

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3 Comments
  • Fabienne L
    Répondre 29 janvier 2017 at 14:35

    Bizarre autant qu’étrange 😉

  • MARC BAUDRY
    Répondre 31 janvier 2017 at 09:41

    Intéressant mais pas très gai

  • ocean
    Répondre 31 janvier 2017 at 10:32

    c est un tres interressant travail de recherche sur la composition artistique

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