Exposition sur les gouachés à la Piscine de Roubaix : dans les coulisses de la haute-joaillerie

Les gouachés, ce sont les dessins préparatoires exécutés à la gouache dans les ateliers des joailliers. Très utilisés autrefois, ils servaient de base de travail aux artisans qui créaient les bijoux ou étaient montrés en amont aux clients, qui pouvaient ainsi faire leur choix.

Dans le cadre exceptionnel de l’ancienne piscine Art Déco, construite par Albert Baert en 1932, le Musée d’art et d’industrie André-Diligent expose 700 croquis redécouverts fortuitement par le joaillier nordiste Frédéric Dael lors d’un déménagement. Ce fonds d’archives généreusement prêté par la maison Dael & Grau met en lumière une facette méconnue de l’art de la joaillerie.

Anonyme, Maquette pour bracelet, Vers 1930. Gouache et crayon sur calque.
Collection Dael & Grau. Photo : A. Leprince

Réalisés entre 1900 et 1950, ces gouachés représentent des bagues, des colliers, des boucles d’oreille, des montres, mais aussi, plus exotiques pour nous aujourd’hui, des épingles à jabot. Majoritairement Art Déco, ils s’inscrivent parfaitement dans l’architecture du musée. « Vous retrouvez exactement les mêmes motifs sur les frises du bassin », fait remarquer Sylvette Botella-Gaudichon, commissaire de l’exposition.

Anonyme, Maquette pour broche, 1950. Gouache et crayon sur papier. Collection Dael & Grau. Photo : A. Leprince

Diamants, rubis, saphirs, émeraudes… les dessins sont exécutés à taille réelle sur papier, calque, carton ou rhodoïd. Ils sont présentés sur les cimaises du musée ou dans les anciennes cabines de la piscine, classés par famille de couleur. Les matières sont rendues par des lavis de gouache ou de l’aquarelle. Les facettes des pierres précieuses sont reproduites par de fortes épaisseurs de gouache blanche ou de couleur, restituant l’illusion du volume et de la brillance. Certains dessins, découpés puis recollés sur carton, donnent l’impression d’avoir devant les yeux les véritables bijoux.

Qualité esthétique des dessins

L’intérêt de l’exposition est avant tout esthétique. On est bluffé devant la dextérité et le savoir-faire des mains anonymes qui ont réalisé ces somptueux dessins, généralement non datés. L’absence de contexte via des cartels explicatifs crée néanmoins une certaine frustration. Comme le souligne dans le catalogue de l’exposition Evelyne Possémé, Conservateur en chef au Musée des Arts décoratifs de Paris, « La qualité des dessins, le caractère très contemporain de ces créations pour chaque époque et l’importance en nombre de ce fonds qui n’a pas encore pu être étudié dans son ensemble, nécessiteraient une étude universitaire très approfondie afin de reconstituer l’histoire familiale et industrielle de ces deux maisons. » On aimerait en savoir davantage aussi sur l’évolution du bijou entre 1900 et 1950. Riche de dessins aussi précieux que rares, l’exposition est un peu comme ces diamants non polis, à « l’état brut ».

Photo : S.D.

L’exposition vaut tout de même le détour et se complète par la visite des collections permanentes du musée. Longer le magnifique bassin bordé de sculptures et de céramiques au son de l’eau qui coule est une expérience unique ! Au 1er étage, on peut admirer les collections d’arts appliqués, notamment la collection de textiles comprenant des vêtements de créateurs et des échantillons de la production française de 1835 à 1940. Parmi le fonds beaux-arts constitué d’œuvres des 19e et 20e siècles (Camille Claudel, Henri Fantin-Latour, Dominique Ingres etc.), on pourra revoir ou découvrir l’un des tableaux-phare de l’exposition consacrée en 2016 au peintre Braïtou-Sala : une élégante dans une robe dos-nu,  parée de luxueux bijoux…

S.D.

Visuel d’ouverture : Anonyme, Maquette pour broche, Vers 1940. Gouache et crayon sur papier. Collection Dael & Grau. Photo : A. Leprince

Vers 1930. Photo : A. Leprince

« Les gouachés – Un art unique et ignoré »
Jusqu’au 1er avril 2018
La Piscine – Musée d’art et d’industrie André-Diligent
23, rue de l’Espérance
59 100 Roubaix

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3 Comments
  • Marianne
    Répondre 15 février 2018 at 14:51

    Je trouve au contraire que l’absence de cartels rajoute à la poésie de ces délicieux dessins

  • guillaume mersier
    Répondre 16 février 2018 at 19:49

    même les expos sont sur le luxe ; tout le monde peut pas se payer des hotel chers!! marre, marre ….

  • Sandrine
    Répondre 8 mars 2018 at 14:39

    @Guillaume : Précisément, cette exposition permet de s’immerger dans l’univers du luxe et de rêver à peu de frais. Le tarif d’entrée est à 5,50 euros, donc tout à fait accessible.
    http://www.roubaix-lapiscine.com/pratique/tarifs-et-horaires/

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