Irving Penn illumine le Grand Palais

Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Irving Penn (1917-2009), le Grand Palais consacre une vaste rétrospective à l’un des photographes de mode les plus célèbres du 20e siècle. Riche de 235 tirages, l’exposition retrace l’ensemble de sa carrière, dévoilant ainsi les autres facettes de ce magicien du studio.

Le grand public connaît le photographe américain pour ses publications pendant plus de soixante ans pour le magazine Vogue et pour ses clichés de stars. Le parcours chronologique et thématique donne à voir toute l’étendue de son talent, de ses natures mortes à ses nus, en passant par ses portraits d’inconnus rencontrés lors de ses voyages au bout du monde.

Ce qui frappe dès la première salle, qui présente ses premières natures mortes réalisées au milieu des années 40 pour Vogue, c’est la maîtrise de l’espace, avec des objets savamment disposés. Cette qualité de mise en scène, on le retrouve dans la salle suivante, qui présente des « portraits existentiels » de personnalités du monde de la culture réalisés à partir de 1947. Le dispositif est toujours minimal : le photographe d’à peine 30 ans, quasi-inconnu, fait poser les plus grands (Salvador Dali, Alfred Hitchcock, Truman Capote pour ne citer qu’eux) sur un vieux tapis posé sur des caisses ou les « accule » dans l’angle de deux cimaises, comme pour mieux traquer leur vérité. D’une très grande sobriété, ces très beaux portraits en noir et blanc lancent sa carrière de photographe de mode.

Envoyé à Paris en 1950 par Vogue, Penn photographie des modèles de haute couture, portés notamment par celle qui deviendra sa femme et sa muse, Lisa Fonssagrives. Le glamour se niche alors dans une robe-sirène signée Rochas ou des manches ballon de Cristobal Balenciaga. Toutes ces prises de vue emploient le même fond neutre, un rideau de théâtre peint trouvé à Paris que Penn utilisera tout au long de sa carrière et qui est présenté dans l’exposition.

Le studio, espace de rencontre

La grande découverte de cette exposition, du moins pour les non-spécialistes, c’est le travail que Penn a consacré aux gens simples rencontrés au gré de ses déplacements professionnels et de ses voyages. En novembre 1948, il profite ainsi d’une commande de photographies de mode au Pérou pour immortaliser les habitants de Cuzco, cité perchée sur les hauteurs des Andes. Le dispositif est le même que pour ses portraits de stars : un studio, un fond neutre et un art indéniable de la pose des modèles. De ces clichés d’homme et de femmes, enfants compris, posant fièrement en habit traditionnel se dégage beaucoup d’empathie.

Cet intérêt pour les gens est aussi visible dans sa série consacrée aux petits métiers à Paris, Londres et New York, qui révèle des professions aujourd’hui disparues tel le marchand de concombres ou le vendeur de peaux de chamois. Ses photographies prises dans son studio mobile lors de ses voyages au bout du monde, du Dahomey à la Nouvelle-Guinée, traduisent la même curiosité pour des univers étrangers. Particulièrement émouvant, le film présenté à l’entresol montre le photographe au Maroc, en train de faire poser ses modèles avec une attention à l’autre certaine. On est loin du glamour de la haute couture et des paillettes des stars, mais on retrouve le goût qu’avait Irving Penn pour la rencontre, dans cette zone neutre qu’est le studio.

S.D.
Crédit photo du visuel d’ouverture :
Irving Penn, Marlene Dietrich, New York, 1948
épreuve gélatino-argentique, 2000
25,4 x 20,6 cm
The Metropolitan Museum of Art, New York,
Promised Gift of The Irving Penn Foundation
© The Irving Penn Foundation

« Irving Penn »
Du 21 septembre 2017 au 29 janvier 2018
Grand Palais, Galeries nationales
75 008 Paris

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1 Comment
  • Georges LÉVÊQUE
    Répondre 24 octobre 2017 at 12:11

    Excellent confrère !

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