Joséphine Baker et le château de Milandes

En Dordogne, le Château des Milandes évoque la vie fastueuse de Joséphine Baker et son glorieux passé pendant la seconde guerre mondiale.

Après la Guerre de Cent Ans, le Périgord sort meurtri des combats avec les Anglais. La région se tourne vers un avenir plus serein. François de Caumont, Seigneur de Castelnaud, fait édifier sur ses terres en 1489, sur la rive gauche de la Dordogne, le Château des Milandes. Il est plus agréable en effet de vivre dans une demeure Renaissance comme Les Milandes que dans la forteresse de Castelnaud où tout respire la violence des conflits antérieurs.

Vue sur le très beau château ded Milandes en Dordogne

Parmi les propriétaires qui se sont succédés dans cette prestigieuse demeure, il faut citer Joséphine Baker, petite américaine à la vie difficile dans ses jeunes années, qui est devenue une star internationale lorsque qu’elle arrive en France en 1925. C’est en effet grâce à la Revue Nègre au Théâtre des Champs-Elysées qu’elle est propulsée sur le devant de la scène.

Robes de scène

Pour la première fois on découvre à Paris une danseuse noire ayant pour tout vêtement quelques plumes roses. Symbole de sensualité, la danseuse nue violait les tabous. Deux ans plus tard,  directeur des Folies Bergère, Paul Derval, lui propose de se produire dans une nouvelle revue.

La fameuse ceinture de bananes de la revue

C’est à cette occasion qu’elle porte la fameuse ceinture de bananes (en tissu) qui lui offre une célébrité définitive. Cette ceinture est exposée de nos jours aux Milandes car la personne de Joséphine Baker est attachée pour toujours à ce lieu.

Jardins à la française aux Milandes

 

C’est en 1937 à l’occasion d’une visite en Périgord qu’elle découvre Les Milandes. Tombée amoureuse du lieu, elle loue la propriété. Puis en 1947, elle a rassemblé les fonds nécessaires  pour acheter ce qu’elle nomme « son château de la Belle au Bois Dormant ». Elle entreprend de créer le premier complexe hôtelier d’Aquitaine et pour cela se rend propriétaire  d’une partie du bourg. Deux ans plus tard, elle inaugure son « Village du Monde » qui est composé d’une ferme, d’un hôtel de luxe, d’un parc de loisirs avec guinguette, théâtre, piscine et mini-golf. Elle évoque les hommes qui ont compté pour elle, notamment son imprésario Pepito Abatino et ses différents maris. Celui de ses 13 ans, Willie Wells. Celui de ses 14 ans, Willie Baker, dont elle gardera le nom toute sa vie. Puis Jean Lion, un industriel français en 1937 et enfin Jo Bouillon, chef d’orchestre alors très connu.

 

C’est avec ce dernier qu’elle entreprend l’adoption de cette immense famille dont les journaux de l’époque font des pages entières : dix garçons et deux filles venus du monde entier dont Akio le Coréen qui est le premier. Joséphine dépense sans compter. Elle est impulsive et vit son rêve de mondialisme et de charité. Cette vie la conduit comme il faut bien le nommer à deux faillites. Ses nombreux amis l’aideront à la première, dont la famille princière de Monaco. La suivante sera fatale.

Une mère adoptive

On connait donc très bien Joséphine Baker pour sa vie de comédienne et de maman adoptive. Beaucoup moins son passé glorieux pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une pièce du château est réservée à cet effet. Y sont rassemblés des souvenirs élogieux et éloquents. Quand elle rencontre le Capitaine Jacques Abtey du service de contre-espionnage en 1939, elle lui déclare « C’est la France qui m’a faite ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle (…) je suis prête à donner ma vie à la France (…) vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez ». Elle est active dès l’Appel du 18 juin lancé par le Général de Gaulle basé à Londres avec un radio installée aux Milandes et des armes cachées dans la cave. Entre 1940 et 1944, elle quitte le château et part en tournée avec les militaires pour chanter et participer de différentes manières à l’effort de guerre. Lorsque de Gaulle installa son quartier général à Alger, Joséphine fut son ambassadrice en Afrique du Nord où elle parlait pour lui. La Croix de Lorraine en or que le Général lui remit en échange fut vendue par ses soins au profit de la Résistance lors d’un gala en Egypte ! Cette épopée est racontée quand on visite aujourd’hui Le Château des Milandes.

 

Elle aimant tant les enfants qu’elle en adopta 12 enfants

tous les jours jusqu’au 12 novembre. Voir horaires sur www.milandes.com

texte et photos de Georges Lévêque

La salle à manger du château

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