La saga St James

Dans la Manche, saint James est « la » manufacture de tricots marins et de marinières coton.

Ne prononcez pas St James à l’anglaise mais bien St James à la française car cette marque est aussi l’histoire d’un savoir-faire normand ancestral et d’un village à quelques kilomètres du Mont St Michel.

Pour concurrencer les tricots écossais ……

Une tradition lainière liée à l’élevage ovin

Dès le Xème siècle, les moutons laineux paissaient sur les paysages marécageux et côtiers de la Manche. Et le village de Saint James devint une ville spécialisée dans le traitement et le tissage de la laine qui était revendue sous forme d’écheveaux et de pelotes.

Dès le XVII ème siècle, les pêcheurs bretons et normands allaient vendre des légumes en Angleterre et aux îles anglo-normandes. Ils portaient alors de longues chemises de laine teintées en indigo car cette couleur là résistait à l’air main. Ces marins vendaient des oignons et de l’ail. Selon la légende, c’est à cette époque qu’en voyant ces hommes devenus “marchands d’ail” que serait née l’expression “chandail” en référence à la tenue si caractéristique qu’ils portaient.

Une autre pub’ ancienne

Une grosse chemise de laine crue à l’origine de tout ?

Des chemises de laine on passe au XIX ème donc à l’ancêtre du tricot marin avec une maille à peine dessuintée et si serrée qu’elle assure imperméabilité, isolation et chaleur. Plus court que la chemise, le pull se porte près du corps comme une seconde peau et se boutonne facilement sur le côté. Toujours fin XIX ème, la légende dit aussi que c’est un ingénieur de la Marine qui passa commande des premiers pulls et des marinières à rayures à la fin du XIXe siècle ; car il était plus facile de repérer un homme tombé en mer portant des rayures.

La chemise des matelots au XIX ème siècle

La Marine Française devient ainsi le plus gros client de l’entreprise avec le tricot rayé comme uniforme, la marinière rayée en dessous.

Les rouleaux de coton pour marinières attendent

Des contrats en or avec la Marine, la Police

Un siècle plus tard Saint James est toujours leader de la maille marine et dans les années 1970 la production s’oriente vers les amateurs de voile, puis la confection grand public pour hommes, femmes et enfants. Le produit technique destiné aux marins de devient alors un vêtement ‘casual chic’ que plébiscite toute une clientèle attachée au classicisme, à la durabilité et à la qualité.

Machines à tricoter et cônes de fil

La réussite est due à une continuité dans la conduite de direction de la société

Les passages entre les différentes directions même si elles sont moins familiales qu’aux origines ne bouleversent pas la ligne de conduite initiale d’authenticité de la marque. S’ajoutent des collections plus estivales avec le développement du coton et un développement accru de l’export.

La découpe

L’Histoire se répète et se poursuit même en 2012 lors de la cession à un collectif de ses dirigeants via une RES (reprise de l’entreprise par ses salariés).

Le savoir-faire artisanal de l’entreprise est tel que la société est primée : en 2014 Saint James reçoit le label EPV, Entreprise du Patrimoine Vivant, pour son activité de tricotage et de raccoutrage.

Des chiffres éloquents et une expansion à l’internationale

Aujourd’hui cette belle réussite française passe par 15 000 M2 d’usine et 300 employés, dont 250 dans les ateliers avec un quota de 78 % de femmes et des hommes au tricotage, car il s’agit là plus de technicité et de machines que d’aiguilles.

Le chiffre d’affaires est de 53 Millions d’euros en 2016, dont 1/ 3 exporté en Asie, 1/ 3 en Europe et 1/ 3 en Amérique du Nord. La marque est connue de la Corée à New-York en repassant par le Japon et le Canada via 47 boutiques et 500 corners indépendants.

Des bonnets différents de ceux de la Police Nationale

Certains contrats sont sublimes comme celui de 60 000 bonnets pour la Police Nationale.

Un processus impressionnant et long de fabrication

S’il n’est pas forcément aisé de comprendre tous les mécanismes d’élaboration d’un pull marin ; circuler parmi les ateliers permet de voir le travail de finesse de certains postes, les doigts de fée des couturières pour rattraper un point dans la laine. Pas moins de 15 personnes touchent un pull avant qu’il ne soit emballé pour sa vente !

Un patrimoine riche de tous les gabarits des vêtements

Les gros cônes de laine se déroulent à l’infini pour confectionner les pulls marins communément appelés « matelot ».

Sur les longues machines de tricotage, les fils se déroulent à l’infini et chaque personne gère 4 à 6 machines, des mécaniques hautement techniques qui coûtent quelques 100 000 euros et tournent nuit et jour.

Des possibles reprises manuelles pièce après pièce

Je pensais que ces machines seraient très bruyantes mais pas tant que çà. Au contraire les postes où la laine parfois chargée d’un fil en trop ou d’une poussière est reprise manuellement par des couturières sont d’un silence impressionnant : l’attention et la précision se palpent entre les coups de ciseau ou d’aiguille afin de réparer la moindre irrégularité.

Dans une autre partie de l’atelier sont posés les boutons (4 sur le côté pour le ‘matelot’ et des facéties pour les pièces plus actuelles). Le vrai boutonnage du pull marin est sur la côté par 4 boutons !

Plus loin quand le pull ou la marinière sont finis, place au xième contrôle qualité et au repassage lorsque les pièces enfilées sur des mannequins sont gonflées, soufflées avant un ultime pliage et emballage.

Repassage par soufflerie

Seriez vous capable de produire un « matelot » ?

Partant du principe qu’un mouton peut ‘faire’ 3 tricots avec sa toison de laine et qu’il faut 23 kms de fil de laine pour un tricot ; combien de temps mettriez vous à faire un pull ?

Chez Saint James, il se passe 15 jours du tricotage au pull fini et votre tricot pèsera pas moins de 800 g.

Et coudre une marinière ?

La marinière classique a été imposée dans le paquetage des marins par Napoléon III ; mais attention pas n’importe quelle marinière ! La vraie est de 16 rayures bleues sur fond blanc. On dit que le nombre de 16 serait celui des victoires de Napoléon. En réalité, il était plus facile de repérer en pleine mer un marin tombé à l’eau par son vêtement rayé !

Pour la marinière, il faut 11 étapes de fabrication avec 4, 4 kms de file de coton pour un poids final de 315 grammes.

Une des dernières opérations : coudre l’étiquette

Des ambassadeurs de renom

Volontairement ou non, certains people, certains couturiers ont assuré la promotion de la marinière en la détournant parfois. On pense à Coco Chanel, à Yves Saint Laurent, à Serge Gainsbourg, à Jean Paul Gaultier, à Audrey Tautou pour n’en citer que quelques uns.

Le tricot marin des années 1970

Une entreprise qui évolue

Un tricot marin : classique, indémodable, démodé ???? En aucun cas.

Modèle Odemira

En effet le ‘matelot’ a et aura toujours des adeptes de la laine pour sa chaleur. Le matelot habillera jusqu’à la fin des temps certains sportifs en particulier les ‘voileux’, les marins qu’ils soient plaisanciers ou pêcheurs. Et la direction d’affirmer aussi qu’on note aujourd’hui un réel regain pour les produits authentiques, terroir, made in France.

Saint James dont le leitmotiv est ‘né de la mer’ s’inscrit parfaitement dans cette lignée d’entreprises qui prônent par leur production le franco-français de qualité.

Pour autant la société ne reste pas figée sur ces acquis et ses modèles d’antan. Elle noue des partenariats ponctuels, des collaborations plus ou moins éphémères : Le Slip Français, l’abbaye du Mont St Michel pour une marinière dont une partie de la vente ira à la restauration du cloître.

Des collections capsule sortent avec des stylistes tels que Marie Marot, Claudie Pierlot, Mara Montagut, Obaba, ect….

Certes le pull marin, la marinière coton restent les produit phare de la marque, mais par ailleurs Saint James tend à faire évoluer ses dernières collections vers un style plus sport-élégant.

Il n’en reste pas moins qu’ayant vu dans mon placard à la campagne que les poignets de mon matelot bleu marine étaient effilochés, si je retourne dans la Manche, je rapporterai mon pull à la manufacture car celle – ci peut reprendre ces faiblesses là. Ainsi pourrai-je transmettre à mes enfants, voire même à mes petits-enfants, un tricot que j’ai porté moi même avec plaisir !

 

Ateliers Saint James

ZI route d’Antrain

50 240 Saint James

02 33 89 15 55

 

www.saint-james.fr

www.manchetourisme.com

La matière tricotée contrôlée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir un autre article sur le savoir faire dans la Manche : la proche omelette de la Mère Poulard

L’omelette de La Mère Poulard

et les parapluies de Cherbourg

Le Véritable Cherbourg

et la fonderie Cornille Havard

La fonderie Cornille Havard

 

Share Button
1 Comment
  • Lolita49
    Répondre 25 mars 2017 at 22:13

    Une belle marque !

Post a Comment