« Le Petit-Maître corrigé » : un Marivaux inédit

Clément Hervieu-Léger sort des tiroirs une pièce de Marivaux jouée deux fois seulement à sa création en 1734.

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763) est aujourd’hui l’auteur de son siècle le plus joué, mais ses pièces n’ont pas toutes eu le même destin. Comédie en trois actes écrite pour les Comédiens-Français, « Le Petit-Maître corrigé » n’a connu que deux représentations avant d’être retirée de l’affiche.

Un champ d’herbes folles pour décor (scénographie d’Éric Ruf)

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un petit-maître ? Le terme désigne un jeune élégant ou une jeune élégante (une petite-maîtresse), une personne toquée de mode. L’ouvrage illustré « Les petits-maîtres de la mode », écrit par Richard Le Menn, retrace l’histoire de ces « fashion addicts » à travers les siècles.

L’amoureux démasqué

Le petit-maître en question est un jeune Parisien répondant au nom de Rosimond (Loïc Corbery). Le voici qui arrive dans une ville de province pour épouser Hortense (Claire de La Rüe du Can), fille de comte. Ce mariage arrangé par sa mère la marquise (Dominique Blanc) et le père de la promise (Didier Sandre) ne semble guère enchanter Rosimond.

Hortense n’est pas insensible aux charmes de son futur époux, mais ses manières affectées et son attitude moqueuse à son égard la désarçonnent et la font douter. Traitée par lui et par son valet (Christophe Montenez) comme une « petite provinciale », elle décide de le corriger et de faire tomber les masques, aidée par sa suivante Marton (Adeline d’Hermy). L’arrivée de la comtesse Dorimène (Florence Viala), une ancienne amante de Rosimond, va leur compliquer la tâche.

La suivante (Adeline d’Hermy) et le valet (Christophe Montenez)

Si les (magnifiques) costumes sont d’époque, le jeu des comédiens, tant dans le physique que dans les intonations, est en revanche bien contemporain et ne sent pas la naphtaline. Adeline d’Hermy, Florence Viala et Loïc Corbery notamment exploitent tout le potentiel comique de leur personnage et font mouche.

La langue du 18e siècle que les comédiens nous font entendre, fine et élégante, est aussi légère que la brise qui balaie de temps à temps le champ d’herbes folles du plateau. À la fin, le petit-maître est corrigé et le public est sous le charme.

La comtesse Dorimène (Florence Viala)

« Le Petit-Maître corrigé », mise en scène Clément Hervieu-Léger
Comédie-Française, salle Richelieu, place Colette, 75001 Paris
Jusqu’au 24 avril 2017
Durée : 2h05 sans entracte
Texte : S. D.
Photos : © Vincent Pontet, coll. Comédie-Française

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1 Comment
  • Georges Lévêque
    Répondre 24 janvier 2017 at 11:05

    Bravo Sandrine ! Belle plaidoirie pour Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux.
    Illustrations remarquables

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