Le Prieuré de Salagon et ses jardins

Entre les 6 hectares de jardins ethnobotaniques, le prieuré bénédictin, les vestiges gallo-romains ; Salagon à Mane est un musée à ciel ouvert qui retrace un peu toute l’histoire des Alpes de Haute Provence depuis l’Antiquité.

Salagon : « il faut te mériter », pourrai-je dire ! En effet, j’ai dû revenir aux beaux jours pour voir les jardins et mieux appréhender les bâtis ; lors de ma 1ère visite début mars, une neige abondante couvrait tout du haut de la tour Renaissance aux toitures en tuiles et à la moindre jonquille qui tentait d’ouvrir sa collerette jaune.

Plusieurs époques, plusieurs styles

Salagon sous la neige était magique car le temps semblait s’être arrêté, le lieu m’appartenait et le silence pesant de la neige contribuait au mystère. Là des sarcophages et encore quelques ossements, là des canalisations conduisant à des caldarium, là un chœur roman, là des chapiteaux de style corinthien, là des fenêtres à meneaux Renaissance, là des peintures murales du début XV ème siècle, là un lieu à usage agricole et du matériel destiné aux cultures, là des vitraux monochromes rouges pourpre d’une artiste contemporaine….. tous les styles se mélangent, s’associent, se superposent, se juxtaposent et malgré cet éclectisme au premier abord déroutant, l’ensemble est d’une singulière beauté.

Le prieuré sous la neige

En pénétrant dans cette église à deux nefs, on est frappé par l’aspect épuré du lieu. L’âme se sent plus légère, l’esprit reposé : à croire que l’abandon complet au spirituel des moines bénédictins qui ont vécu ici du 15 ème siècle à la révolution perdure et se transmet encore au visiteur qui accepte de s’imprégner des lieux.

D’ailleurs, alors que le domaine est habité par des agriculteurs, c’est le prêtre de la paroisse de Mane, Pierre Martel, qui crée, au siècle dernier via l’association Alpes de Lumière, un musée de sauvegarde de ce patrimoine bâti, végétal de Haute Provence. L’Esprit souffle donc encore sur ces lieux et même le rouge sélénium des vitraux, symbole de la vive lumière du soleil provençal ou du sang du Christ, est un appel à la sérénité. Et Aurélie Nemours, créatrice des vitraux, de signer là une « approche exemplaire du sacré ».

L’intérieur de l’église avec les vitraux d’Aurélie Nemours

Pas un seul jardin, mais plus de 5 jardins

1 700 espèces de plantes sont cultivées et 2 500 sont conservées sous forme de graines dans un but ethnobotanique d’étude des relations entre les hommes et leur environnement végétal. Salagon éclaire ainsi le public sur un patrimoine culturel et immatériel qu’est le savoir-faire autour des végétaux.

Des bassins agrémentent les jardins

Créé en 1986, le jardin des simples rassemble les plantes locales et traditionnelles proches des habitats d’antan et dont les hommes se servaient pour soigner leur maisonnée et leurs bêtes. On repère la bardane, un puissant dépuratif ; l’ortie qui soigne les hémorragies ; l’épiaire laineuse pour les plaies.

Les instruments agricoles anciens se présentent via des bornes auditives

Le jardin médiéval regroupe 3 espaces avec le potager d’avant l’Amérique (céréales telles que blé et seigle ; condiments comme le raifort, la moutarde, la sarriette, la coriandre….) ; le jardin floral avec les plantes pour tisser (lin, chanvre) et teindre (garance, indigo) les tissus ; les plantes magiques comme la mandragore aphrodisiaque ou le gattilier pour la chasteté des moines. Les plantes médicinales d’antan ne sont pas toutes présentes, car la médecine au XIV ème siècle employait près de 500 remèdes végétaux, dont les herbes des fièvres, des purges, des brûlures….

Passons aux temps modernes avec un voyage actuel dans les végétaux des sociétés contemporaines, le fil conducteur étant la céréale, base de toute l’alimentation humaine. Les blés et les pois caractérisent l’Europe, le riz et le soja l’Asie, le mais et l’haricot les Amériques, le sorgho et le dolique l’Afrique.

Pour appréhender les odeurs et vivre une expérience sensorielle, bienvenue au jardin de senteurs qui permet de reconnaître les grandes familles d’odeurs (boisée, fruitée, épicée, animale, verte, balsamique…). Tous les aromates se disputent les platebandes : absinthe, calendula, estragon, anis, fenouil, verveine, citronnelle…. Pour les enfants (mais aussi les adultes très amusés), un repas se profile grâce à une tomate en arbre qui sent le pop-corn grillé, à une sauge mellifère à l’odeur de fromage de chèvre, à une sauge ananas, à un arbre caramel, à une héliotrope péruvienne à l’odeur de pain d’épices vanillé. Vous pourrez ainsi composer votre propre jardinet selon vos goûts en oubliant la valériane qui sent la chaussette sale et la tomate du diable le tabac froid.

Dans les proches champs, d’autres parcours florales (dahlias, glaïeuls, crysanthèmes…) ; des vignes ; des lavandes et lavandins ; des fruitiers ; des rangs de charbons cardères pour les draps de laine et de salicetum pour l’osier….

A Salagon vos cinq sens sont en éveil et vous repartirez tout souriant le nez saturé d’odeurs.

 

Salagon, musée et jardins

04 300 Mane

04 92 75 70 50

www.musee-de-salagon.com

www.alpes-haute-provence.com

 

Certains visuels fournis par Alpes Haute Provence Tourisme

 

 

 

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1 Comment
  • Fabienne L
    Répondre 29 avril 2018 at 19:34

    Un endroit inspirant !

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