« Letter to a man » : Nijinski en sa folie

« Je suis un fou qui aime l’humanité. Ma folie, c’est l’amour de l’humanité », écrivait le danseur Vaslav Nijinski dans son journal. Dans le très beau spectacle mis en scène par Robert Wilson et interprété par Mikhail Baryshnikov, la folie et l’amour sont inséparables.

La scène s’ouvre sur un Nijinski sanglé dans une camisole de force, prisonnier d’une étroite cellule de lumière. Quand il rédige ses carnets au cours de l’hiver 1918-1919, Vaslav Nijinski a 29 ans. Danseur de génie, il a chorégraphié L’Après-midi d’un faune (1912) et Le Sacre du printemps (1913), deux pièces marquantes du début de la danse moderne occidentale. Étoile des célèbres Ballets russes dirigés par Serge de Diaghilev, Nijinski a été acclamé dans le monde entier. Mais sa santé mentale défaillante a eu raison de sa fulgurante carrière.

Mikhail Baryshnikov aérien

Dans ce spectacle conçu à partir du journal de Nijinski, Robert Wilson donne à entendre un homme en train de basculer dans la folie. Le metteur en scène a recours à la voix-off pour mieux souligner la dichotomie corps-esprit. Nul pathos pourtant. En costume, le visage fardé de blanc tel un clown et les mains gantées, Mikhail Baryshnikov, autre grand danseur, incarne un Nijinski presque burlesque parfois.

Un artiste en quête d’absolu

Le spectateur plonge dans la tête de Nijinski, entre souvenirs autobiographiques et considérations mystiques : la guerre de 14, des visions de sang sur la neige, Diaghilev, les rendez-vous galants avec les « cocottes » de Paris, le Christ… Le décor est réduit au strict minimum ; le travail sur les lumières, remarquable. Tantôt sur fonds colorés, tantôt à la manière expressionniste, les tableaux s’enchaînent, saisissants. Baryshnikov esquisse, léger et aérien, quelques pas de danse.

Lumières expressionnistes

En écrivant ses carnets, Nijinski signe-t-il ses adieux au monde ici-bas ? Est-il déjà ailleurs ? « Je ne suis pas Dieu, je suis Nijinski », répète en boucle la voix-off. Robert Wilson dresse avec bienveillance le portrait d’un homme en quête d’absolu, éperdu d’amour pour l’humanité (« Je ne veux pas le mal, je veux l’amour »), qui passera la seconde partie de sa vie dans des institutions psychiatriques et dont l’héritage ne cesse d’inspirer les artistes d’aujourd’hui.

Plongée dans les songes de Nijinski

S. D.
Photos : © Lucie Jansch

« Letter to a man », mise en scène Robert Wilson
Théâtre de la Ville – Espace Pierre Cardin
1, avenue Gabriel, 75008 Paris
Jusqu’au 21 janvier 2017
Location 01 42 74 22 77
Durée : 1h10

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3 Comments
  • ocean
    Répondre 4 janvier 2017 at 13:06

    quel extraordinaire recit de la folie !

  • jean
    Répondre 5 janvier 2017 at 10:36

    glauque ce truc

  • Sandrine
    Répondre 5 janvier 2017 at 12:29

    @jean : non, pas glauque, lumineux au contraire.

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