Spectacle « Révolutions vocales » : la musique contemporaine à la sauce burlesque

Faire découvrir tout en faisant rire la musique contemporaine, autant dire l’un des genres musicaux les plus méconnus du grand public et les moins populaires, c’est le pari réussi de la compagnie VocAliques avec son spectacle « Révolutions vocales ».
Sous la forme d’une fausse conférence, un trio composé d’un conférencier épris d’opéra classique et de deux chanteuses lyriques rivales nous emmène à la découverte de la musique contemporaine pour voix. Un spectacle bourré d’humour, aussi exigeant que pédagogique. Interview d’Irène Bourdat, directrice artistique de la Compagnie Vocaliques et conceptrice de « Révolutions vocales » ».

– Pour commencer, pouvez-vous nous raconter la genèse de « Révolutions vocales » ?

Ce spectacle a été conçu pour donner des clefs d’écoute au grand public, car la musique contemporaine souffre d’une image caricaturale : elle serait difficile à comprendre et à écouter, et réservée à des initiés. Je souhaitais, avec ce spectacle, briser ces clichés, et faire découvrir joyeusement cette musique d’aujourd’hui. La forme de la fausse-conférence décalée permet de donner à entendre conjointement des œuvres et leurs éclairages. Je voulais enfin démontrer à quel point la musique contemporaine peut être drôle, inventive et ouverte sur son temps. La mise en scène, avec la complicité de Vincent Bouchot, évite le didactisme et ouvre le public au plaisir de cette musique.

– Quel est le parcours des trois comédiens/chanteurs ?

Les parcours des comédiens/chanteurs sont très variés. J’ai étudié le piano puis le chant, mais aussi la musicologie, avec un doctorat en Sorbonne. J’ai été membre de la maîtrise de Notre-Dame, je me suis produite également en soliste, en chant baroque. La musique vocale contemporaine occupe également une part importante de mon activité, ainsi que l’écriture de spectacles. La pédagogie musicale est une autre de mes passions.
Nathalie Duong est très éclectique : à la fois chanteuse, comédienne et musicienne (basse électrique). Ses hybridations artistiques la mènent à toujours plus d’imagination dans ses choix professionnels. Elle ne craint pas le grand écart esthétique, au contraire.
Jean-Michel Sereni a fait des études universitaires d’anglais à Paris puis des études vocales et musicales. Il chante des répertoires très variés, sans oublier les compositeurs plus contemporains. La mise en scène et l’écriture de spectacles lyriques mobilisent également son énergie.

Un spectacle pétillant – Photo : Meng Phu

– Un spectacle de « vulgarisation musicale », ça ne court pas les rues !

Je crois que ça n’existe pratiquement pas pour la musique contemporaine ! Je pense que ce spectacle est original en cela et correspond aussi à une demande du public de comprendre cette musique. La forme burlesque de cette fausse-conférence permet de présenter au tout public de manière ludique le travail du compositeur, ses procédés d’écriture, et les contraintes liées à l’interprétation. Le public, novice mais pas que, se fraie ainsi de nouveaux chemins d’écoute et une compréhension du langage propre à chaque compositeur.

– Stockhausen, Rebotier, Cage, etc. Comment s’est opéré le choix des compositeurs présentés dans le spectacle ?

Je voulais présenter la multiplicité des compositions pour la voix, a cappella, c’est-à-dire sans instruments, écrites depuis les années 60. Nous avons privilégié celles qui permettent des joutes musicales et burlesques, à partir d’œuvres de compositeurs majeurs, avec des écritures très différentes : Berio, Cage, Aperghis, Rebotier, Bouchot… C’est cette multiplicité des compositions écrites pour la voix que présente « Révolutions vocales ».

– Les deux chanteuses lyriques défendent chacune une vision de la musique contemporaine vocale. Alors, tradition ou rupture, cette musique ?

Certaines œuvres sont en rupture totale avec le traitement vocal et le système de notation classiques, d’autres utilisent la voix lyrique et une notation classique. Il n’y a pas un langage musical partagé par tous les compositeurs, comme c’était le cas durant les siècles précédents, du temps de Bach, de Mozart ou de Chopin. Chaque « école », et quasiment chaque compositeur, crée un langage personnel, ce qui provoque une diversité musicale sans précédent… dans laquelle il n’est pas facile de se retrouver ! C’est également une musique vivante : elle n’est pas figée dans une tradition d’interprétation. Au contraire, chaque interprète joue vraiment son rôle d’interprète, avec sa propre vision ; pour l’auditeur, c’est à chaque fois une nouvelle découverte. Et dans de nombreux cas, cette musique contemporaine peut offrir dès la première écoute des surprises permanentes, une manière salutaire de nous déstabiliser à tout instant.

Un jeu dynamique et entraînant – Photo : Victor Blondel

– Le spectacle est à la fois ludique et pédagogique. Le présentez-vous dans des écoles ?

Oui, nous avons beaucoup joué pour le Jeune Public, notamment dans des tournées produites par les JMFrance.

– Où pourra-t-on découvrir le spectacle prochainement ?

Nous rejouons le vendredi 25 janvier 2019, à l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, dans le cadre des Concerts de Midi (à midi donc). Nous serions très heureux d’avoir du monde à cette représentation !

– Quels sont les autres projets de la compagnie ? Animez-vous peut-être des ateliers de sensibilisation à la musique ?

Oui, nous avons différents projets, avec des musiques variées, baroques, classiques et contemporaines, qui mettent particulièrement l’accent sur les passerelles entre œuvres musicales et œuvres littéraires et poétiques.… L’Âme des Amériques, La Llorona, une légende des Amériques, spectacles inspirés du répertoire baroque sud-américain et de ses liens avec les musiques traditionnelles, Chants d’amour, lettres de guerre, dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, des spectacles réalisés autour de spectacles et d’expositions (Musées, Monuments Nationaux).
En effet, nous nous investissons dans des actions pédagogiques : sensibilisation aux spectacles proposés, sensibilisation aux répertoires contemporain, classique et baroque, l’expression vocale et corporelle, la voix et l’art-thérapie.

Propos recueillis par S.D.
Crédit photo d’ouverture : Jean-François Maillot

« Révolutions vocales »
Irène Bourdat :
soprano
Nathalie Duong : mezzosoprano
Jean-Michel Sereni : baryton
Conception artistique et écriture : Irène Bourdat et Annabelle Playe
Images : Ludovic Queyreyre
Durée : 1 h
Teaser

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