Tailler un diamant

Frédérique Davezac, experte en gemmologie et courtier en pierres précieuses, nous livre la question très technique de la taille d’un diamant.

Connu aux Indes dès la haute antiquité, le diamant est une pierre qui fascine. Les poètes hindous comparent les qualités des héros qu’ils célèbrent à celles des pierres nobles. La qualité du diamant est celle de la transparence que l’on nommait « une belle eau », un éclat particulier que les anciens appelaient une splendeur semblable à une flamme.

Le diamant n’est composé que d’une seule matière, le carbone. C’est une matière qui se cristallise à haute température et haute pression. C’est la pierre la plus dure ; sa dureté exceptionnelle sera utilisée pour tailler les autres gemmes.

Louis de Berkem et Jean de Boot deux maîtres diamantaires respectivement du XVème et XVII siècle, ont su appréhender comment codifier, démystifier les procédés de la taille du diamant.

Les diamants bruts

Les diamants bruts

Bruges est un centre de taille durant les XII et XIIIe, mais elle perd vite de son importance au profit d’Anvers qui se développe considérablement avec de nombreuses tailleries venues de toute l’Europe. En 1880 on compte 15 ateliers et 800 ouvriers. Une prospérité sans égal jusqu’au début de la Première Guerre mondiale.

Tout d’abord, pour tailler le diamant, il faut des agrégats de diamants dit ‘Boart’. Le boart est un diamant de mauvaise qualité parce que sa cristallisation est trop défectueuse ou les inclusions trop importantes. Cette qualité ‘Boart’ dit diamant industriel est mise sous forme de poudre. C’est la matière abrasive la plus efficace et l’industrie en fait une grande utilisation. Les diamantaires utilisent ce boart pilé pour le meulage des facettes du diamant joaillerie. Le diamant réduit en poudre est associé à deux huiles différentes, une huile d’olive qui a la qualité de ne pas sécher rapidement et une autre non alimentaire plus collante. Cette mixture forme une pâte qui est enduite sur le disque horizontal en acier et déposé avec le doigt. Les grains de diamants s’insèrent dans les cavités du métal.

Mais avant de procéder à la taille proprement dite, il faut passer par l’étape de l’ébrutage. Cette opération permet d’enlever la matière superflue, d’éliminer les aspérités, les tranchants et de donner une première forme à la pierre. Le brut peut être scié ou clivé. Seules des mains très expertes sont capables de procéder à cette opération. Le travail d’ébrutage et du sciage se fait la plupart du temps à Anvers, les cristaux de diamants arrivent dans les ateliers parisiens pour le travail de facettage

Le diamantaire doit procéder à une expertise poids-couleur-pureté-forme du brut pour déterminer le sort de la pierre.

La formation du brut dirigera le sens de la coupe de la gemme ; on repart de l’origine de la cristallisation pour déterminer le travail afin de choisir l’emplacement de la table de la pierre ainsi que de ses facettes.

La matière brute est enserrée dans des pinces

La matière brute est enserrée dans des pinces

 

L’artisan diamantaire fixe la matière sur un dop qui est une coquille comportant une tige de laiton munie de griffes réglables. Ses griffes serrent le diamant pour procéder au travail sur la meule. Autre point délicat pour facetter, il faut orienter chaque facette dans sa direction de moindre résistance. Malheureusement on ne voit pas toujours à la loupe les plans de clivage. La poudre de diamant raye la facette à tailler et provoque des micro cassures qui enlèvent des couches successives de la matière par la chaleur produite par le frottement de la poudre sur le diamant à tailler. Ce travail, d’une grande précision, s’acquiert avec des années de patience et d’entrainement. Les plans d’inclinaison des facettes doivent être parfaitement constants pour garder d’excellentes proportions et en particulier sur les angles des facettes, mais aussi pour obtenir une réflexion optimale et donner à la pierre un maximum d’éclat. La taille d’un gros diamant rond dit brillant peut demander plusieurs semaines.

La taille en brillant est la taille la plus importante et la plus demandée, elle est celle qui fait ressortir tout le feu et la vie d’une pierre. On polit d’abord la table car elle sert de référence pour toutes les autres opérations qui permettront de donner les facettes du diamant. Mais on ne donne pas immédiatement à la table ses dimensions définitives, on conserve encore un maximum de matière. Cette approche est indispensable pour bien trouver la structure cristalline de la pierre au moment de la taille en croix mais permet de donner une autre inclinaison en cas d’imprévus comme l’apparition d’inclusions auparavant invisibles. Le tailleur effectue une taille en croix puis en une mise en huit. Cette dernière est l’étape avant la taille en brillant. La pierre étant devenue transparente, elle donne un aperçu des proportions de la couronne et de la culasse ainsi que d’identifier les inclusions. La taille en 8 donne 17 facettes. Une fois l’opération achevée, le diamant taillé brillant comporte 57 facettes : 24 dans la culasse brillantée et 33 pour la couronne et la table. Pour la demi taille ou taille ancienne c’est 58 facettes avec une facette sur la pointe de la culasse dit la Colette.

Sur la taille ancienne, les proportions ne sont pas aussi rigoureuses car la culasse est plus épaisse, le facettage est plus large et la table est plus étroite ; quant à la Colette, elle n’optimise pas le pouvoir de réflexion lumineuse de la pierre. Mais cela ne remet nullement en cause ni sa couleur, ni sa pureté, ni le charme de sa taille.

Les tailles dites fantaisiste marquise, émeraude, carré, triangle, poire, cœur ne sont pas règlementées par un nombre précis de facettes mais sont plutôt à l’appréciation du diamantaire qui trouve là une marge de manœuvre plus créative pour mettre en valeur la matière. C’est aussi l’œuvre de l’œil de l’expert qui connait et aime son métier.

Considérable, la perte de poids d’un diamant du brut à la pierre facettée est de l’ordre de 60%.

 

 

Transaction commerciale pour certains, le diamant est avant tout le choix amoureux d’une pierre taillée retenue pour sa beauté éternelle symbole de fête, de fiançailles ou de mariage.

Texte et photos de Frédérique Davezac

 

 

 

 

 

 

 

Diamants taillés

Diamants en partie taillés

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1 Comment
  • Barbara
    Répondre 6 septembre 2016 at 02:06

    Interessant! Merci. Technique sans etre inabordable, parfait equilibre

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